Mes enfants sont allés faire une brocante, aujourd'hui. Mais, à cause du mauvais temps, la brocante est reportée. Ca me fait penser à une histoire....
J'avais une amie (on va dire Suzanne) qui a hérité d'une maison, en province. Elle s'y est rendue, histoire de faire le topo des richesses dont elle héritait. J'y suis allée avec elle, histoire de passer un week-end entre filles. Nous sommes donc arrivés dans une maison, style campagne. L'héritage se composait de la maison, du jardin, d'une grange et de plein de mobilier, bibelots, etc. Suzanne comptait se débarrasser des meubles et bibelots et vendre la maison après l'avoir vidée. Nous avons donc fait la liste de tout ce qui était récupérable, et nous avons mis tout ce qui était à jeter dans une benne. C'était marrant, car nous découvrions plein de vieux trucs, de vêtements, de malles remplies de vieilles photos, de souvenirs. C'était poussiéreux, sale, mais franchement, c'était vraiment bien. Le soir, nous avons campé dans la maison, sans chauffage, mais avec un bon feu de cheminée. Nous avions fini de débarrasser le rez de chaussée et l'étage. Nous étions contentes de nous car en 2 jours, nous avions pas mal déblayé. Il ne restait que le grenier et la grange à vider. Le lendemain matin, dès l'aube, nous avons commencé par le grenier. Il y en avait des choses, toute une vie, voire plus d'une génération de souvenirs se trouvaient dans le grenier. Nous avons trouvé un tableau, vieux mais en excellent état. Suzanne m'a dit qu'elle le gardait. Je l'ai donc mis avec plusieurs choses qu'elle récupérait. Nous avons terminé le dimanche soir. La maison était nickel, débarrassée, il ne restait qu'à prendre des photos et la mettre en vente. Suzanne s'en occuperait, elle prendrait contact avec le notaire du coin et l'affaire devrait se régler assez rapidement.
Quelques temps plus tard, Suzanne m'a contactée et m'a racontée : le tableau qu'elle avait trouvé dans la maison avait de la valeur. C'était un grand peintre qu'il l'avait fait. Elle l'avait fait estimé et sa valeur atteignait plusieurs centaines de milliers de francs. Elle était super contente, surtout qu'une galerie parisienne voulait absolumment acquérir ce tableau. Bénéfice assez net pour Suzanne. Donc, la vente se fait, la galerie a fait expertiser le tableau, le prix est fixé. On va dire que Suzanne a obtenu 150 000 francs. Le temps passe, Suzanne, qui n'est pas spécialement fourmi, dépense une bonne partie de l'argent. Un jour, un avocat contacte Suzanne et l'informe qu'en fait le tableau est un faux. Une nouvelle expertise a révélé que c'est une simple copie, spécialement bien imitée, et même faussement signée. Suzanne est atterée. Elle explique qu'elle n'y connait rien dans l'art, que c'est un spécialiste qui a estimé la valeur du tableau, qu'elle avait un certificat d'authencité, que la galerie a fait appel à un autre expert, qui a confirmé qu'effectivement le tableau était un original, qu'elle est de bonne foi, et qu'elle ne comprend rien à l'histoire que lui raconte l'avocat.
Un procès est entamé par la galerie d'art, qui veut récupérer ses 150 000 francs. Suzanne, qui a pratiqment dépensé tout l'argent, n'a pas les moyens de prendre un avocat de renom et se retrouve au tribunal, défendu par un avocat méconnu et peu au courant des histoires d'art. Le procés a lieu. Suzanne ne peut que faire valoir sa bonne foi, les certificats des experts. Elle peut aussi se défendre en disant qu'elle n'avait pas l'intention de vendre le tableau, que c'est la galerie qui insisté pour l'acheter...Mais c'est couru d'avance, elle va perdre le procés, elle va devoir rembourser la galerie, payer les frais d'avocat....c'est la panade, la panique ! Le tribunal enregistre ce que chacun a à dire, et rendra son verdict plus tard. Suzanne, en prévision de tout ce qu'elle aura à payer, baisse largement le prix de la maison dont elle a hérité, histoire de se faire un petit pécule. La maison est vendue puisque Suzanne la brade à moitié prix. C'est bon, Suzanne attend le verdict sereinement, elle a de quoi dédommager la galerie d'art ! Le verdict est rendu : La galerie peut garder ou rendre le tableau à Suzanne, c'est à eux de décider ! Mais le tribunal a pris en compte la bonne foi de Suzanne, que c'est la galerie qui avait fait expertiser le tableau, et que leur expert avait aussi signé un certificat d'authenticté, qui certifiait donc que le tableau était une oeuvre unique et original. L'expert s'est planté ! La galerie ne peut qu'assumer l'incompétence de son propre expert ! Moralité : Suzanne n'a rien à payer. La galerie d'art doit lui rembourser ses frais d'avocat. L'affaire est close...mais Suzanne a bradé la vente de sa maison. Elle ne dit rien, elle s'en tire à bon compte !